16 août 2009
Tourmente
En juillet 1940, Marthe Dupeyron sortait de l'Ecole Normale de Mende. Au mois d'octobre elle gagna son premier poste d'institutrice, à 21 ans, pour y remplacer le titulaire, prisonnier de guerre. Il s'agissait du hameau de la Vaissière, à plus de 1200 mètres d'altitude sur le flanc du Mont Lozère, entre le col de Montmirat et le village de Pont-de-Monvert.
A la fin de l'année, Marthe avait depuis longtemps décidé de profiter des vacances scolaires pour aller embrasser sa mère et ses deux sœurs, chez elle, à Rocles. Mais la Vaissière est à dix kilomètres du bourg de Montmirat, où passent les autocars. Dix kilomètres de chemins couverts de neige. Malgré la tâche difficile, Marthe Dupeyron put gagner Langogne et de là Rocles, où elle arrivait le 29 décembre, par beau temps.
Dans la nuit du 31 décembre, le temps changea brusquement. La neige se mit à tomber et le froid devint glacial. Quand on songe que l'express Marseille-Bordeaux resta immobilisé plus de vingt heures à quelques lieues de la gare Saint-Charles, on peut imaginer le temps qu'il devait faire sur les montagnes de Lozère.
Le chasse-neige déblaya les principales artères et le 2 janvier 1941, le chauffeur du car Langogne-Mende décida d'assurer son service. Bien que la mère de Marthe lui conseilla d'attendre une journée de plus, elle obtenu l'autorisation de prendre le car, voulant à tout prix ouvrir son école comme l'exigeait son devoir, le matin du vendredi 3 janvier. Pierrette sa sœur tint à l'accompagner, comme l'aurait fait Denise si elle n'avait pas été clouée au lit par une angine. C'est tout ce que sa mère put obtenir, et que sitôt ses filles rendues sur place, elle lui expédieraient un télégramme ...
Le jeudi 2 janvier, les deux sœurs partent à l'aube et le temps semble meilleur. Elles arrivent à Mende où elles apprennent que le service des cars est arrêté. Marthe décide alors de prendre un taxi qui va les conduire avec sa sœur, à Montmirat. Il est trois heures de l'après-midi lorsqu'elles atteignent Montmirat. La tempête recommence à sévir et le bourg apparaît dans un tourbillon de neige. A l'auberge où elles s'arrêtent, on tente de les empêcher de poursuivre leur route, mais Marthe sourit. Que diraient les enfants si demain leur institutrice faisait l'école buissonnière ?
C'est alors qu'elle se joignent à M. Portalier qui venait du Choizal et se rendait aux Badieux, tout proche de leur destination. Ils mettront trois heures à parvenir aux Badieux et l'homme les invita à chercher un gîte pour la nuit, car le jour déclinait. A deux kilomètres de l'école et en terrain connu, elles préférèrent continuer. Elles ne devait plus être loin de la Vaissière lorsque survint la tourmente.
Le dimanche suivant, le 5 janvier 1941, soit trois jours après leur départ, leur mère affreusement inquiète téléphone aux Bondons pour qu'on parte à leur recherche. Deux hommes découvrent les corps recroquevillés de Marthe et Pierrette, se tenant par la main et recouverts de glace, au pied d'un arbre. On ne les trouva que vers cinq heures de l'après-midi, à quelques centaines de mètres des Badieux, un peu écartées de leur chemin. Le phénomène est bien connu : les personnes qui marchent dans la neige, la nuit tombée, tournent en rond ...
Source : article du journal Paris Soir du samedi 25 janvier 1941.
Le clocher de tourmente est une construction lozérienne, particulièrement répandue dans les hameaux situés sur le Mont Lozère. C’est un ouvrage simple, en granit, supportant une cloche et souvent surmonté d’une croix. Bâtis au début du XIXe siècle, le rôle de ces clochers est de permettre aux voyageurs de ne pas s’égarer et périr, si d’aventure ils se trouvaient pris dans la tourmente.
Photo : Clocher de tourmente du hameau de la Fage, Lozère
12:37 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note




Commentaires
Bon avec le trocho d'ici pour l'instant je ne risque pas de tourner en rond à cause de la neige.
C'est pas gai-gai ton histoire...
Bizzz
Kisss
besossss
K
Ecrit par : Mrs K | 16 août 2009
@ Miss K : Ce n'est pas gai je te l'accorde, mais c'est une manière de comprendre l'utilité de ces clochers que l'ont ne voit pas ailleurs.
Bizzz.
Ecrit par : Philo | 16 août 2009
J'aime bien ce tourisme intelligent.
Merci Philo, j'ai appris quelque chose (notamment qu'à la nuit tombée, on marchait en rond ... phénomène vrai dans la neige, seulement?)et puis, même si l'histoire est triste, tu as, le temps d'un billet, redonné un peu vie à ces deux soeurs ...
Ecrit par : Fiso | 23 août 2009
@ Fiso : Le tourisme est fait pour changer d'air et s'instruire, que ce soit au contact des gens, des hameaux ou des villes, des vestiges du passé, ou encore de la nature ...
Réflexion faire, on peut également tourner en rond la nuit, par temps clair, si on a un peu trop forcé sur le mojito ! :)
A condition qu'il ne soit pas rallongé à l'eau ...
Bisous Fiso.
Ecrit par : Philo | 23 août 2009
J'avais pas lu ta réponse ! ;) Me reverront plus, en tout cas, au pseudo bar cubain !
Ecrit par : Fiso | 18 septembre 2009
@ Fiso : C'est vrai que ce n'est pas humain de couper un mojito ! Surtout quand il s'agit du tien ;)
Ecrit par : Philo | 19 septembre 2009
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